SEPTEMBRE 2019 – VIETNAM : CHOC DES CULTURES !

Comme bon nombre de vietnamien me l’ont dit, Mr Thinh Kent n’est pas le meilleur joueur au Vietnam, mais c’est le plus connu. Devenu professeur de billard, il possède une salle de billard et en construit une toute nouvelle en plein centre de Saigon sur deux étages. J’ai vu les plans, cela s’annonce magnifique. Et surtout il partage avec ses compatriotes sur Facebook et Youtube des vidéos pour partager ce qu’il sait faire… sur les réseaux sociaux, Thinh Kent c’est des dizaines de milliers de personnes qui le suivent et des dizaines de millions de vues. C’est comme cela que nous nous sommes connus.

Invités à Ho Chi Minh City (Saigon) pour s’entraîner ensemble, participer à un tournoi au cadre 71/2 et réaliser une démonstration à Da Nang, nous nous sommes retrouvés dans cette ville en continuelle effervescence… bref je vais pas de commentaires touristiques sur cette ville, mais faut le voir pour le croire. Saigon, c’est environ 8 millions d’habitants, l’agglomération c’est environ 15 millions de personnes. Mais ce qu’il faut savoir, c’est que le Vietnam c’est 20’000 clubs de billard et un million de joueurs ! Pour un européen, cela laisse rêveur…

Drôle de sensation ici, l’impression d’être admiré par tous ces joueurs vietnamiens, et en même temps de me retrouver dans un guet-apens où 15 des meilleurs vietnamiens au cadre vont vouloir me faire la peau. Retour sur une expérience unique où l’occident va à la rencontre de l’orient.

Thinh Kent et Xavier Gretillat, au travail…

Premier jour de billard à la Thinh Kent Academy, une petite salle en dehors du centre ville, avec 5 tables demi-match et une table match. J’avais besoin d’évaluer mon hôte alors pendant trois heures on a beaucoup échangé, au cadre et à la bande, fait des exercices et j’ai pu évaluer quelles sont réellement les différences entre ce talent vietnamien et moi-même. Quelque peu déboussolé par cette expérience, le lendemain mon ami Kent a repris la main et a décidé de jouer des parties que je pensais amicales, mais là-bas ce n’est pas un mode qu’ils connaissent. Le vietnamien a la gagne dans la peau, il ne joue pas pour la beauté du jeu, il joue pour gagner. Leur style de jeu découle directement de ce constat d’origine. Le lendemain, j’ai rétabli l’ordre des choses et cette fois je me suis mis en mode compétition, pour préparer le guet-apens qui m’attendait le lendemain. La réponse fut simple, 200 en 1, et 200 en 3 au cadre 63/2, et 150 points à la bande en 8 et 5 reprises.

Si je me sentais dans de bonnes conditions pour jouer cette compétition, hors mis un problème de santé avec une douleur musculaire au fessier droit qui m’entravait dans ma mise en place sur la table, j’avais l’arrière goût bizarre de l’animal qu’on pousse à abattoir !

Avant d’en venir à la compétition elle-même, je vais dresser ici un état des lieux de la situation au Vietnam. Ce sont des passionnés de billard, il y a chez ces gens quelque chose de simple et de positif. Ils ont envie d’apprendre à jouer, se passionnent pour la partie libre, et depuis quelques années pour le petit cadre et la bande, et plus récemment pour le grand cadre. C’est naissant là-bas, ils connaissent chez eux une situation que nous connaissions en Europe il y a plus de 50 ans en arrière lorsqu’il y avait encore un billard dans les arrière-salles des cafés et qu’on y jouait des jeux de série. Aujourd’hui, les jeux de série se meurent en Europe au profit des autres formes de billard et du trois bandes, alors qu’ils naissent au Vietnam ! Alors certes il ne font pas la différence entre grande et petite table, ils appellent 71/2 du cadre qui en réalité est du 63/2, il nomme leur jeu cadre 47/2 alors qu’en fait c’est du 42/2. Ils ne connaissant pas bien les règles de l’ancre et trace cette zone aussi sur demi-match alors qu’elle n’existe pas chez nous sur petite table. Pour le point d’entrée, ils mettent les billes où ils veulent… oui, oui, vous avez bien lu, c’est le joueur qui place sa bille joueuse sur le point d’engagement là où il veut ! De toute façon, sa position n’est pas marquée formellement… Ils ne sont pas au clair avec les fautes et les poussés. A Da Nang, il n’y avait pas de cadre pour tracer les lignes, nous les avons tracé à peu près avec notre canne et une règle… Leur style de jeu est un style de combattant dont le seul but est la mise à mort, gagner est là-bas le seul objectif. Il ne connaissent pas la moyenne particulière ou la moyenne générale, seulement la victoire ou la défaite. Lorsqu’ils marquent leurs points au tableau, il n’inscrivent pas les traits ou les zéros et donc les reprises ne correspondent pas, il n’y a que le total de points qui intéresse. Alors que chez nous, en Europe, il n’est pas rare de trouver un joueur content d’avoir fournit un beau jeu, d’avoir réalisé une belle série, perdu avec une belle moyenne. Au Vietnam, ce genre de considération n’a pas court.

Par contre, il font des points ! Croyez-moi que leur efficacité est redoutable. Ils sont bien plus habiles sur la table que je ne le serai jamais ! Vous pouvez leur laisser les billes ensemble sur une ligne, cela n’a pas d’importance car après 5 ou 10 points ils en auront perdu le contrôle et seront déjà dans la récupération en rappels de long. Mais il ne faut surtout pas dénigrer leur style de jeu, il est efficace et redoutable. J’ai joué contre des joueurs qui réalisent leur 200 points au grand cadre en moyenne entre 4 et 8 reprises, soit entre 25 et 50 de moyenne générale. Ils ne vont pas venir à la table et faire 200 dans un mouchoir de poche, mais il vont vous expédier en enfer en 3 coups avec une série de 100 et deux de 50 ! Pour un joueur comme moi, c’est compliqué, il faut d’abord une bonne canne à pêche et développer tout ses moyens pour contrôler les billes jusqu’à la fin lorsque l’occasion se présente. La différence, entre eux et moi, c’est le contrôle des billes. Je suis capable de faire 100 de série sans aucun rappel de long, alors qu’eux ne le sont pas. Par contre ils peuvent faire 100 points de série sur toute la table, moi je n’en suis pas capable. C’est donc sur cette différence que j’allais devoir compter pour me sortir de ce guet-apens !

142 sur mouche par le chauffeur… M. Hoand Duy

Donc samedi, début de la compétition à 10h… 16 joueurs, élimination direct, 200 points sans limitation de reprises. Premier match avec M. Minh Quan, apparemment le 2ème meilleur joueur à cette discipline dans tous leurs tournois. Les premières reprises étaient parlantes, il balançait 132 de série et me pousse dans mes retranchements pour que je termine en 4 reprises, avec une série arrêtée de 102. En quart de finale, j’ai joué contre M. Hoang Duy, notre chauffeur et élève de Thinh Kent, un joueur extrêmement habile et surtout très motivé pour m’assassiner rapidement… il a débuté sur mouche et s’est arrêté à 142… Au final, c’est moi qui ai terminé à la 3ème reprises avec une série arrêtée de 128. Mes deux premiers adversaires ont joué entre 40 et 50 de moyenne ! En demi-finale, j’ai la chance de croiser le parcours de M. Phi Hung, un joueur que j’avais déjà rencontré lors du dernier championnat du monde à la bande. Lors de ce match, j’ai frisé le code et c’est finalement en 8 reprises que j’ai terminé mes 200 points, juste quelques points devant mon adversaire. En finale, c’est Minh Dong qui a aligné à nouveau une série de 100… décidément tous mes adversaires sont vraiment forts. Là encore, j’ai dû me battre pour aligner les 175 points de série et gagner ce tournoi.

Le podium..

Certains ne manqueront pas de rappeler qu’il s’agit de cadre 63/2… mais même, quelle nation européenne peut aligner 15 joueurs capables de faire 40 de moyenne générale à cette discipline ? La force du joueur vietnamien est son habilité, sa capacité et sa volonté d’apprendre, et son irrémédiable envie de gagner… Vous y ajoutez un peu plus de maîtrise lorsque les billes sont proches et croyez-moi ça va faire très mal !

La suite de notre expérience billardistique au Vietnam s’est passée dans la ville touristique de Da Nang, Accueillis au TNT Billiards par le boss M. Thai Tran, Thinh Kent et moi-même avons réalisé un premier match exhibition au cadre 63/2 en 250 points… je dis exhibition, mais là-bas ils ne connaissent pas ce mode. Quoi qu’il arrive il faut faire des points et exterminer son adversaire. J’ai fini cette partie en 3 reprises avec une série arrêtée de 235, Thinh Kent a quand même 181 points, plus de 60 de moyenne… bref la lutte continuait. Au second match, il m’a proposé 150 points à la bande que j’ai terminé en 8 reprises, cette fois-ci assez loin devant. Au terme de ces deux matchs “exhibition”, devant un public de fans passionnés, j’ai répondu aux questions des diverses personnes présentes grâce à la traduction de Thinh Kent.

Ainsi s’est achevé cette virée à Da Nang et retour à Saigon pour trois jours avec Thinh Kent autour d’une table pour un peu d’entraînement ensemble, beaucoup d’échange souvent transmis directement à ses étudiants présents, des explications sur le jeu par la bande et le cadre, et bien entendu des matchs pour le plaisir, même si ce mode n’est pas connu dans ce pays.

Voilà cette expérience au Vietnam s’est avérée très instructive, j’y ai découvert des joueurs passionnés, qui aiment les jeux de série, qui sont jeunes et qui ont envie d’apprendre, de progresser. Même si leur style de jeu est quelque peu atypique pour nous européens, il n’en est pas moins performant et dangereux.

Je remercie, nous remercions chaleureusement toutes les personnes que nous avons rencontré lors de ces deux semaines passées au Vietnam, en particulier celui a rendu cet échange possible, M. Thinh Kent, ainsi que tous ses amis et contacts qui ont été présents pour nous. Cette aventure s’est achevée ainsi, ou peut-être n’est-ce que le début…

12.11.2018 – RONCHIN, CHATILLON ET CHARTRES A EGALITE !

Ce week-end s’est déroulé la première manche du championnat de France par équipes aux jeux de série. Ronchin (Djoubri, Florent et Villiers) accueillait les équipes de Chartres (Gérimont, Gretillat et Justice) et de Châtillon. Cette nouvelle équipe a mis les petits plats dans les grands pour assurer cette saison en D1 en engageant la star hollandaise Sam van Etten, champion d’Europe avec l’équipe du DBC Bochum. Voilà qui promet de belles batailles cette saison !

Lors de cette manche, à part Van Etten qui a réalisé la partie parfaite dès son premier match face à Djoubri, puis en 3 reprises face à Gérimont, aucun grand résultat à noter los de cette manche. Chacune des équipes a perdu une fois 2 à 1 et a gagné une fois sur le même score. Donc égalité entre ces trois équipes qui devront attendre le tour suivant pour se dessiner une hiérarchie.

“Pour ma part, j’aime être objectif. Et objectivement j’ai fait de la merde.  Voilà qui est dit. J’ai manqué des points inadmissible et commis des erreurs impardonnables. Pourtant je commence pas trop mal avec deux petites séries qui me propulsent à environ 120 points en 3 reprises, puis les erreurs arrivent et Florent remonte pour me coiffer au poteau alors que j’avoisine les 190 points. Bravo à lui, la misère que j’ai produit ne méritait pas mieux. Au second match, je continue sur la même lancée et je boucle ma distance en 9 reprises. Beaucoup trop de reprises, beaucoup trop d’erreurs. Pathétique. Maintenant que j’ai commenté objectivement ces tristes performances, je n’oublie pas objectivement dans quelles conditions j’ai joué : deux semaines de maladie et une mauvaise préparation, une grosse fatigue après sept heures de route avant de jouer et donc une énergie très rapidement épuisée, un mal de tête qui cognait à chaque quinte de toux, un matériel difficile avec des billes qui buttent souvent et qui ne vont pas toujours droit. Bref rien qui ne pouvait m’aider. Dans ces conditions, objectivement, c’était difficile. Mais je rentre en Suisse avec un plan. Et ça, c’est bien pour mes préparations futures ! Toujours motivé au travail, c’est le plus important !”